Déclaration relative à l’observation du scrutin présidentiel du 31 octobre 2020

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La FONDATION DJIGUI la Grande Espérance « FDGE » a sollicité auprès de la Commission Electorale Indépendante (« CEI »), son accréditation en vue de l’observation du scrutin portant élection du Président de la République de Côte d’Ivoire.

Cette demande de la Fondation est fondée sur (i) son expérience en matière d’observation électorale acquise durant une dizaine d’années aux côtés d’autres organisations faitières et (ii) son maillage qui couvre l’ensemble du territoire ivoirien.

Faisant droit à sa demande, la CEI a accrédité la FONDATION DJIGUI la Grande Espérance, par correspondance N°004/CEI/PDT/VP-KS/WMJA en date du 13 octobre 2020.

Des suites de cette accréditation, la Fondation a déployé un total de 1052 observateurs dans 180 localités réparties dans les 31 régions et les 2 districts autonomes. En d’autres termes, les observateurs de la fondation ont couvert l’ensemble du territoire ivoirien.

L’action de la Fondation pour ces élections s’est inscrite dans le cadre juridique national dont les dispositions pertinentes du Code électoral ivoirien, et des dispositions africaines en matière d’élection, notamment la Charte Africaine de la Démocratie, des Elections et de la Gouvernance (CADEG).

La présente déclaration vient en suite des observations préliminaires faites par nos observateurs déployés sur le théâtre du scrutin. Elle sera complétée et enrichie ultérieurement par un rapport final plus détaillé.

1. Objectif et Méthodologie de la mission de la Fondation

La Fondation en qualité d’observateur avait pour objectif l’évaluation indépendante, impartiale, libre et objective du scrutin.

La méthodologie de la Fondation a été déclinée en deux phases.

La première phase a consisté en la formation et à la sensibilisation des observateurs sur l’environnement global du scrutin. En effet, les observateurs ont été formés pour l’accomplissement de leurs missions et aux échanges avec toutes les parties prenantes du processus électoral. La seconde phase a consisté au déploiement effectif des observateurs de la Fondation sur le terrain.

2. CONSTATS ET OBSERVATIONS PRELIMINAIRES

2.1. Un contexte politique tendu

Le contexte politique qui a prévalu au cours du scrutin présidentiel a été tendu. C’est la première élection du genre organisée à la suite de l’adoption de la constitution en 2016.

La candidature du Président sortant, validée par la CEI et ensuite par la Cour Constitutionnelle, a été soutenue par la coalition au pouvoir. En revanche, elle a été contestée par ses principaux opposants qui demandaient son retrait pur et simple et qui ont appelé de ce fait à la désobéissance civile et au boycott actif du scrutin.

La Fondation a constaté, à l’aune du scrutin, des violences verbales et physiques consécutivement au mot d’ordre de boycott actif. Celles-ci se sont soldées, par endroits, par des destructions de biens privés et publics, des blessés graves et malheureusement par des pertes en vies humaines.

2.2. La gestion de l’information

La Fondation a constaté une couverture médiatique riche et variée. Le scrutin et la campagne ont été couverts par les médias nationaux et internationaux. Il ressort toutefois des observations de la Fondation, qu’une vague de fausses nouvelles a été régulièrement et abondamment diffusée, notamment sur les réseaux sociaux.

2.3. La participation des femmes et des jeunes

La FONDATION DJIGUI, dans son objet social, œuvre entre autre pour l’égalité des chances et la promotion du genre. A ce titre elle a observé une participation effective des jeunes et des femmes.

3. OBSERVATIONS DU JOUR DU VOTE

3.1 Observations générales sur l’ouverture des bureaux de vote :

A l’ouverture des bureaux de vote, la Fondation a observé, le jour du scrutin, 1052 lieux de vote sur l’ensemble du territoire national, principalement en milieu urbain. 5108 Bureaux de vote ont pu être observés, soit environ 23% de l’ensemble des 22381 bureaux de vote.

Il en ressort que :

– 79 % d’entre eux avaient ouvert à l’heure légale (8Heures) ;

– 14% ont ouvert au-delà de l’heure légale avec des retards excédant quelques fois plus d’une heure ;

– 7% des bureaux observés ont soit été relocalisés soit n’ont pas été ouverts au moment du passage de nos équipes.

Selon les rapports de nos observateurs, les retards constatés étaient principalement dus aux facteurs suivants :

– Non déploiement du matériel électoral dans les délais ;

– Non présence du personnel de la CEI à l’heure ;

Les relocalisations et/ou l’absence d’ouverture de ces bureaux de vote sont dues aux incidents survenus dans des lieux de vote. Ces violences ont été principalement localisées dans certaines régions de l’Ouest, de l’Est, du Centre et dans le Grand Abidjan.

3.2. Sur la disponibilité du matériel de vote

En dehors des cas de retard relativement à son déploiement, la Fondation a noté que le matériel électoral déployé par la CEI et les Commissions Electorales Locales était disponible en temps et en quantité suffisante dans l’ensemble des bureaux de vote observés.

3.3. Sur la participation électorale :

L’affluence des électeurs dans les bureaux de vote observés, notamment dans les communes d’Abidjan, a connu un pic dans la matinée mais le rythme a faibli dans l’après-midi.

A l’intérieur du pays, une forte mobilisation a été généralement observée dans les régions du Nord et du Centre Nord tandis que l’affluence était faible dans les régions du Centre Ouest et du Centre Est.

3.4. Sur le déroulement du scrutin

La participation globale a été ordonnée et calme, d’une part dans certaines régions et districts et les électeurs ont pu voter dans la sérénité sans incidents majeurs. D’autre part, elle a été émaillée d’incidents et parfois de violences entraînant l’interruption du processus électoral.

Dans les bureaux où il n’y a pas eu d’incidents, les procédures de vote ont été respectées par les membres des bureaux de vote en présence des représentants des candidats.

3.5. Sur l’assistance apportée aux personnes en situation d’handicap

La Fondation a observé que dans les lieux de vote construits en immeuble à étage, des bureaux étaient logés dans les niveaux supérieurs rendant ainsi difficile l’accès aux personnes à motricité réduite.

3.6. Sur la mission des délégués des candidats

La fondation a constaté que dans les bureaux où les candidats étaient représentés, leurs délégués ont pu exercer librement leur mission.

3.7 Sur les missions d’observation électorale nationales et internationales

La Fondation salue la présence de nombreuses missions d’observation électorale. La Fondation regrette cependant un manque d’information relative à son accréditation et les prérogatives découlant de celle-ci auprès de certaines CEI LOCALES et d’agents de bureaux de vote.

3.8 Sur la sécurisation du scrutin

La Fondation a constaté la présence des forces de sécurité, notamment des gendarmes et des policiers dans les lieux et bureaux de vote observés. La Fondation a particulièrement noté que lesdites forces n’étaient pas dotées d’armes létales. Leur présence a permis d’éviter des incidents plus importants.

3.9 Sur la clôture et le dépouillement

La Fondation a constaté que les bureaux de vote observés dans leur grande majorité ont fermé à l’heure légale soit 18H. Certains bureaux, du fait d’incidents, ont fermé plus tôt que prévu. D’autres, du fait de retards observés à l’ouverture, ont fermé au-delà de 18H. Le dépouillement a été public et conforme aux dispositions légales.

Conclusion :

La FONDATION DJIGUI La Grande Esperance exhorte l’ensemble des parties prenantes au processus électoral, à œuvrer pour la paix et la stabilité afin de consolider la démocratie et l’état de droit.

La Fondation salue l’esprit de professionnalisme des forces de défense et de sécurité dans la gestion des troubles survenus lors de l’organisation de cette élection.

Par ailleurs, au regard de ce qui précède et dans un souci d’amélioration des scrutins à venir, la FONDATION DJIGUI La Grande Esperance recommande :

Au Gouvernement de :

– œuvrer à la consolidation du cadre institutionnel permettant l’organisation de scrutins sans violences ;

– renforcer la sécurité des personnes qui souhaitent faire valoir leur droit civique ;

A la CEI de :

– renforcer davantage les capacités du personnel électoral, des représentants des partis politiques et ou des candidats ;

– prévoir des suppléants pour pallier rapidement la défaillance de certains membres de bureau ;

– veiller à la disponibilité du matériel électoral dans les bureaux de vote et dans les délais requis ;

Aux candidats et acteurs politiques de :

– s’abstenir absolument de toutes formes de violence dans le cadre des contestations ;

– privilégier nécessairement le dialogue et la concertation en toutes circonstances pour préserver la paix et la cohésion sociale ;

– recourir systématiquement aux voies légales en cas de contestations ;

– mieux former leur représentant dans le processus ;

A la société civile de :

– s’impliquer davantage dans le processus électoral notamment par l’observation électorale et la formation citoyenne et civique ;

– créer un cadre pour une plus grande synergie d’actions entre les acteurs de la société civile

Pour finir, la FONDATION DJIGUI La Grande Esperance note, qu’en dépit des incidents relevés par endroits, le scrutin présidentiel du 31 octobre 2020 s’est déroulé dans des conditions satisfaisantes de transparence et de crédibilité.

Vive la Côte d’Ivoire.

Fait à Abidjan le 1er novembre 2020

La FONDATION DJIGUI

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