La chronique du lundi :Vers de nouvelles orientations économiques et sociales

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Formé au moule du FMI, économiste de renommée mondiale, il n’est pas étonnant que les recettes utilisées par Alassane Ouattara pour redresser le pays soient néolibérales. Les résultats obtenus, au plan économique, de 2011 à 2019, témoignent de l’efficacité de ces recettes. La Côte d’Ivoire des années 2000-2010 était devenue un pays failli avec des pans entiers de l’économie et de l’État régalien (santé, éducation, etc.) sacrifiés. Tout au long des années 2011-2020, le retour de la paix, de la stabilité politique, les investissements massifs de l’État et l’amélioration du climat des affaires ont permis un redressement de l’économie que personne ne conteste. Avec des taux de croissance impressionnants depuis 2011, souvent à deux chiffres, une inflation faible, un endettement supportable , l’économie ivoirienne est redevenue la première économie francophone d’Afrique de l’Ouest. On parle de second « miracle ivoirien » après celui réalisé dans les années 1960-1970 sous la gouvernance active Houphouët-Boigny (1).


L’impact social de la croissance ivoirienne semble être resté faible en matière de création d’emplois et d’amélioration des conditions de vie. Des Ivoiriens et ivoiriennes ne retrouvent pas, dans leurs assiettes, les retombées d’une croissance forte et continue. La difficulté pour la Côte d’Ivoire, dont l’économie reste fragile parce qu’elle est indexée sur le prix des matières premières brutes, est de conjuguer en même temps le développement économique et le progrès social. Le choix qui a été fait, depuis 2011, a été de consolider l’économie. La grogne sociale qui s’est amplifiée en 2016 et les mutineries de 2017 ont montré les limites de la promesse libérale. Le quinquennat 2020-2025 doit se construire sur le renforcement des orientations économiques et sociales.

Les caractéristiques et les limites du « miracle ivoirien » sous Ouattara

Le second « miracle ivoirien », sous l’ère Ouattara, se fonde sur trois caractéristiques : les investissements publics, le recours à l’endettement et les IDE (Investissements Directs Etrangers). Le Plan National de Développement (PND) pour la période 2012-2015, prolongé de 2016 à 2020, doté de 30.000 milliards de francs CFA, a permis de faire passer l’investissement public de 2,5 % à 6 % du PIB. Une inflation faible et une dette publique qui ne représente, en 2018, que 40 % du PIB, un excédent de la balance commerciale, notamment en raison des exportations de cacao, un secteur soutenu par l’Etat : tout cela fait que les voyants macro-économiques de la Côte d’Ivoire, avant l’impact provoqué par la crise sanitaire et sociale de la Covid 19, sont au vert. Mais, les limites de ce second « miracle ivoirien » sont évidentes, elles tiennent aux réalités suivantes : la forte croissance est générée par un investissement public massif ; l’impact social de la croissance demeure insuffisant : le recul de la pauvreté n’est pas évident aux yeux de tous.

Vers de nouvelles orientations économiques et sociales

Alassane Ouattara a parfaitement conscience qu’il lui faut aller, dès le début de son troisième mandat, vers de nouvelles orientations économiques et sociales. Il lui faut sortir de la dépendance de la commande publique, intensifier l’action sociale, tout en consolidant le retour de l’État.

Sortir de la dépendance à la commande publique

Si l’économie ivoirienne reste fragile, c’est parce qu’elle dépend de la commande publique. Elle n’est pas suffisamment diversifiée. Il n’existe pas, dans le secteur privé, un réseau dense de PME/PMI et des champions locaux capables de créer, à travers une industrie de la transformation, de la valeur ajoutée et des emplois.


Le projet se dessine dans les filières du cacao et de l’anacarde. Le troisième mandat d’Alassane Ouattara devra mettre l’accent sur le développement du secteur privé en créant les conditions qui permettent aux entrepreneurs d’investir et de se développer.

Intensifier l’action sociale

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