Monnaie : Débat autour de monnaie régionale ‘’l’Eco’’ / Pr Albert Ondo Ossa, professeur titulaire en économie monétaire et financière : « Il ne faut pas se précipiter »

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Les lampions se sont éteints sur la 1ère édition du Forum africain de la presse économique et financière (Fapef) qui s’est tenue du jeudi 25 au vendredi 26 mars 2021 au Plateau. A l’occasion de la 2ème journée, dans les échanges avec les journalistes, l’ex ministre de l’Enseignement supérieur du Gabon a vivement recommandé la prudence et la patience aux Etats ouest africains. « En Afrique, dans l’Union économique et monétaire ouest africaine (Uemoa), on s’est précipité. Il ne faut pas se précipiter. Si vous mettez la monnaie en place et que votre économie n’est pas forte, cela peut entrainer des déséquilibres. Il faut restructurer les économies. A partir de ce moment, il y a une question d’antériorité. Il faut que nous allions vers la bonne gouvernance. C’est politique, ce n’est pas technique » a-t-il conseillé avant d’insister sur le rôle privilégié des Etats dans ce domaine. ‘’Cependant, un gouvernement a le droit de faire ce qu’il veut. Il peut penser que, je vais anticiper, mettre en place une monnaie. Les techniciens peuvent dire que telles ou telles conditions ne sont pas réunies. La Grande-Bretagne a voulu partir de l’Union Européenne. Le Brexit. Pour faire le Brexit, elle a pris du temps. On ne peut pas casser une union au petit bonheur de la chance. On ne peut non plus la créer au petit bonheur de la chance. Il faut sonder les choses qui le conçoivent. Aujourd’hui avec l’Eco, il y aura un problème de leadership qui va se poser. L’autorité monétaire, c’est la Banque centrale. Il se pose un problème de supra nationalité. Quand on va à l’intégration avec différents pays, le problème qui se pose, c’est celui de la compensation. Ce qui s’est posé quand l’Allemagne est allée dans l’Union européenne. L’Allemagne seule gagnait, mais perdait quand elle est avec les autres. Mais l’union dans l’ensemble gagne. Donc c’est un problème en termes d’avantage. Une analyse fine de toutes les situations. En 2001, il se trouvait toujours les mêmes problèmes. J’ai fait une étude là-dessus pour prouver quelles étaient les étapes. Selon les calculs que j’avais fait à l’époque, il faut un minimum de dix ans à un pays, pour mettre en place une monnaie, et développer les conditions d’une mise en œuvre d’intégration au risque de se retrouver dans la situation du Zaïre avec le franc congolais, mais qui est la dollarisation. C’est un problème tellement sérieux qui touche à la vie des gens. Il faut aller avec doigté. Maintenant, entre l’avance qu’a prise la Zenacaf en Afrique de l’ouest, la décision de l’assemblée en Afrique de l’Ouest et l’attentisme de l’Afrique centrale » a-t-il conclu. C’est pourquoi Pascal Airault du journal français l’Opinion, suggère un réveil véritable de la presse économique et financière africaine. « Je pense que la presse économique en Afrique doit faire aujourd’hui, ce que la presse politique a fait pour casser le monopartisme. Elle doit investiguer sur les questions. Et mettre les responsables politiques face à la question quotidienne de la gouvernance. Ainsi que faire la promotion des champions nationaux. C’est à l’Afrique, ses journalistes et ses hommes d’affaires, de travailler à l’émergence de groupes suffisamment forts pour avoir de l’influence sur les pouvoirs publics. Au sujet de l’environnement des affaires, des incitations fiscales et des manières de développer leurs activités » a indiqué le confrère avant de préciser. « Sans être de connivence avec ces groupes, il faut aussi travailler sur les modèles économiques, notamment les sources de financement, organiser des sites de conférences économiques qui peuvent être sponsorisés et ne plus être seulement des agences de Nations Unies ou de la Banque mondiale qui offrent des formations. Il faut que les journalistes économiques se regroupent en interprofession et dans un rapport de force face aux pouvoirs publics et aux opérateurs économiques, ils pourront avoir accès à des statistiques qui pourraient influer sur leur demande en matière d’informations » a déclaré le journaliste français. Depuis Dakar, Mme Gisèle N’doye, directrice de l’Inclusion financière à la Bceao, Philippe Brizoua, directeur du développement des marchés à la Bourse régionale des valeurs mobilières (Brvm), ont présenté l’organisation et les activités de leurs institutions respectives. Satisfait du bon déroulement de cette première édition du Fadef, Michel Russel Lohoré, président-fondateur du Fadef, a vivement souhaité un investissement massif des opérateurs économiques dans la presse. « La transformation de l’Afrique ne doit pas se faire sans les journalistes économiques. Les capitaines d’industrie africains devraient aussi investir dans les médias économiques qui constituent un haut potentiel » a-t-il insisté en remerciant les partenaires et panelistes pour leur disponibilité et leur soutien.

SERGE AMANY

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