En Côte d’Ivoire, la vie précaire des chercheuses d’or

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L’autonomie financière que les femmes acquièrent grâce au métal précieux est à relativiser à l’aune des risques, nombreux, de l’orpaillage clandestin.

En arrivant au bord de la rivière, Laurentine Zamblé découvre que son « coin » a été visité et exploité en son absence. Elle n’en a cure : les berges de ce cours d’eau regorgent d’or, il y en a pour tout le monde. C’est ce que lui a soufflé une amie en lui révélant l’existence de ce site à quelques dizaines de kilomètres de Bouaflé, une ville du centre de la Côte d’Ivoire.

Alors cette femme de 54 ans, un peu alourdie par l’enfant qu’elle porte dans son dos, se lance dans une chorégraphie qu’elle maîtrise à merveille. Equipée d’une simple pioche, elle se met à creuser la rocaille sableuse, puis, dans l’eau, elle tamise, lave et trie le dépôt de terre avant d’en extraire quelques minuscules paillettes d’or. Au moment de cacher son butin du jour dans le nœud de son pagne, Laurentine Zamblé lève la tête et scrute les alentours. « Ici, il y a beaucoup de vol », dit-elle pour expliquer sa prudence.


Autour d’elle, sur les deux rives, se dévoilent des dizaines d’emplacements comme le sien, où chacun creuse en espérant trouver une pépite. Chacune, plutôt, car ici il n’y a presque que des femmes. « Les hommes sont à quelques kilomètres, sur un site beaucoup plus grand », explique l’orpailleuse. En tendant l’oreille, on entend les « machines chinoises » vrombir ; celles avec lesquelles des chercheurs d’or venus du Mali, de Guinée et surtout du Burkina Faso s’adonnent à cette activité illicite mais sur un mode quasi industriel, loin de l’artisanat – tout aussi illégal – que pratiquent Laurentine Zamblé et ses compagnes.

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